Avant de s’interroger sur l’exploitation délétère de l’affaire, il faut regarder le crime lui-même, et le regarder en face. Avec ses criminels et ses victimes. Il faut identifier ce qu’il y a de nouveau. Car en dépit des apparences, l’affaire Epstein est loin d’être une première. Sans remonter aux bacchanales romaines, la prédation sexuelle qui va de pair avec la culture masculiniste de la domination ne manque pas de précédents. La IVe République finissante a eu son affaire Epstein. Qui s’en souvient ? L’histoire l’a retenue sous le nom de « ballets roses », parce qu’une danseuse était au cœur du scandale.
Avant même d’être un salaud, Epstein a été un financier habile à profiter des désordres de la mondialisation.
Le président de l’Assemblée nationale de l’époque, André Le Troquer, attirait des très jeunes filles dans un pavillon de chasse attribué au troisième personnage de l’État. Des appâts, des rabatteurs, des personnalités de la politique et du showbiz étaient passés par là. Le Canard enchaîné les avait réunis sous un titre de sa façon : « Le tout pourri ». Jeu de mots redoutable qui flirtait avec un slogan qui a toujours profité à l’extrême droite. On n’est pas à l’abri aujourd’hui de ce genre de récupération. À l’époque, Le Troquer, grand résistant, n’écopa que d’un an de prison avec sursis.
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Ce qui a changé cette fois, c’est l’ampleur de l’affaire et le comportement des personnages impliqués. C’est leur absence totale de honte. Tout sourire, ils font face à l’objectif, et s’affichent fièrement à côté du salaud parce que l’appartenance à ce cloaque est sans doute, pour…
Auteur: Denis Sieffert

