Vendine (Haute-Garonne), reportage
« Comment ont-ils su qu’on s’apprêtait à couper les arbres ici ? » À l’abri des oreilles dissimulées, sous l’arche fraîchement coulée d’un pont déjà couvert de graffitis, un agent de sécurité chuchote son désarroi à l’adjudante postée là. À côté d’eux, le directeur de la sûreté du chantier de l’autoroute A69 — ancien commandant de gendarmerie — s’est muré dans le silence, mâchoire serrée. Son téléphone capture des images du ballet aérien se jouant sous ses yeux.
Le 28 août, au cœur de la nuit, quatre grimpeurs du Groupe national de surveillance des arbres (GNSA) se sont discrètement hissés dans le houppier de deux platanes, à proximité immédiate du chantier ô combien contesté entre Toulouse et Castres. « La menace d’une averse de grêle nous a fait hésiter, détaille l’un d’eux, baptisé Gaspacho. Seulement, il y avait urgence. Alors sur les coups de 3 h 30, on a foncé. » Objectif en ligne de mire : protéger ces deux arbres de la destruction imminente qu’annonçaient les bruits de couloir.
Une rumeur… seulement à moitié exacte. « Ce ne sont pas que ceux-là qu’on veut abattre. Ce sont les dix que vous voyez là, précise à Reporterre l’agent de sécurité du concessionnaire Atosca, en dessinant un cercle du bout du doigt. Nous devions les couper le 1er septembre, à minuit pile [conformément à la période légale d’abattage]. »
D’un rictus mi-joueur mi-décontenancé, il répète pour la troisième fois : « Je ne comprends pas comment ils ont su. On a appelé la préfecture, la Cnamo [la Cellule nationale d’appui à la mobilité] viendra les déloger. C’est la guerre ici… »
Zad du Verger
Avec cette nouvelle occupation ressurgissent les souvenirs des anciennes. Le 7 octobre 2024, sous la pression grandissante du siège militaire, tombait la zad du Verger, ultime bastion de résistance au chantier de…
Auteur: Antoine Berlioz, Emmanuel Clévenot

