« Il faut un détournement de la parole. Créer a toujours été autre chose que communiquer. »
En guerre. Nous sommes en guerre, en guerre, en guerre. Ça résonne partout, ça se répercute contre tout, les murs, ça enfle dans les tunnels, en guerre, ça se déploie au creux du ciel, ça déborde le contour des nuages. Nous sommes en guerre, vous et moi, mes frères et moi. En guerre. Et dans les guerres, il y a des morts, des morts partout, des morts par milliers. Vous êtes en guerre. Contre tout. Contre tous. Contre nous, évidemment, mais contre vous-même.
En guerre, car vous ne savez plus rien faire d’autre, en guerre, parce que vous n’avez plus d’autre stimulant, la peur, la haine, en guerre parce que vous ne savez plus que faire. Alors vous avez décidé, eux aussi, en guerre contre eux aussi. Eux, les rats. Nous, moi et mes frères, rats, rattes et ratons. Pourtant la ratte est une pomme de terre que vous dégustez avec plaisir. En guerre contre nous, le peuple des rats. Pommes de terre comprises. En guerre, pas de détail. Rats, patates, même combat. Contre. Contre nous tous.
On vous a regardés faire, d’abord trembler, pour vous reprendre. Enfin, élaborer.
D’abord des théories : les rats sont nos ennemis. Et chercher mille causes, prendre mille avis. Les rats ceci, les rats cela. Vive les rats ! Vous avez réussi à désigner les monstres, non que nous sommes, quelques centaines de grammes, une longue queue, des centimètres de fourrure grise, deux yeux vifs et un nez pointu, petites pattes et ventre à terre, on court bien, donc monstres, non, pas vraiment, sauf dans votre esprit. Car les monstres, c’est dans votre regard qu’ils se logent. Et on n’est pas les seuls.
En guerre, en guerre, vous avez désigné le peuple des rats. Au moins, il n’a pas de blindés, de chars, de bombes, d’armes lourdes ou légères. Rien de tout cela, mais pensez, il croît. Vous avez même calculé : le peuple des rats, c’est 1,75 individu par habitant dans…
Auteur: dev

