Esclavage, colonies, racisme : l’autre histoire de la Révolution française. Entretien avec l’historien Marc Belissa

On présente encore souvent la Révolution française comme une histoire essentiellement métropolitaine : celle de la Déclaration des droits de l’homme,  de la chute de la monarchie, de la République, puis du Directoire et enfin de Napoléon. Dans ce récit, les colonies apparaissent généralement en marge. Dans La Révolution française et les colonies publié à La Fabrique en 2023 l’historien Marc Belissa renverse cette perspective.

Pour notre deuxième entretien d’une série consacrée à la révolution française, nous avons discuté avec lui de ces rapports entre révolution, colonialisme, esclavage et racisme, mais aussi de la manière dont les révolutions coloniales ont transformé en retour la pensée politique européenne. 

Vous rappelez qu’au moment de la Révolution française,  le commerce colonial ne représentait qu’une part limitée de l’économie française, et pourtant il pesait lourd dans les débats. Comment l’expliquer ?

Le commerce colonial est très important pour certains secteurs de la population, notamment dans les villes portuaires, les grandes villes de l’Ouest, mais aussi à Marseille, mais au global il concerne cependant un nombre relativement limité de commerçants, de capitaines, de marins et de négociants.

À la veille de la Révolution, l’essentiel de l’économie de l’Ancien Régime reste celui d’un royaume paysan, dont une grande partie de la population a très peu de rapports avec le commerce colonial. En revanche, celui-ci intéresse fortement certains investisseurs, notamment parmi les nobles. Ils placent leur argent dans des banques ou dans des entreprises au long cours, car le commerce colonial nécessite des capitaux importants : pour lancer une expédition de traite des esclaves et de vente de produits coloniaux, il faut réunir une dizaine, voire une douzaine de gros investisseurs.

Le commerce colonial profite donc à certains secteurs de la population, mais aussi beaucoup à la monarchie,…

La suite est à lire sur: frustrationmagazine.fr
Auteur: Rob Grams