Essor et ruine de la classe moyenne — Bernard CONTE

Pour paraphraser Max Weber (2), il s’agit de diffuser le plus largement et le plus rapidement possible « l’esprit du capitalisme » par le biais de la séduction et de la subornation. Pour ce faire, le niveau de consommation de biens et services (consommation de masse) doit être augmenté grâce à la redistribution des gains de productivité (production de masse) et à l’action d’un État « bienveillant ».

Le rôle de l’État apparaît déterminant si bien que certains qualifient cette période de « capitalisme régulé » inspiré par Keynes. Ainsi, l’État canaliserait le capitalisme pour en éviter les travers les plus importants. Au contraire, je pense que l’État est en permanence au service du système et les phases fordiste et développementaliste n’échappent pas à la règle. Ceci en contradiction avec la pensée dominante qui présente ces périodes comme des victoires des opprimés sur les nantis.

Dans ce contexte, l’État inscrirait son intervention dans le cadre de l’ajustement structurel fordiste (ou fordiste-périphérique au Sud) voulu par le système. L’État-providence au Nord et l’État développementaliste au Sud seraient les artisans façonnant les structures sociétales selon les plans déterminés par le système de domination, d’exploitation et de contrôle.

Au cours de cette phase, la classe moyenne apparaît comme un paramètre majeur du changement structurel et de l’évolution du capitalisme industriel. Son développement est soutenu par L’État-providence au Nord et l’État nationaliste-clientéliste au Sud.

La crise du fordisme et du développementalisme sera l’occasion d’un changement de version du système d’exploitation pour laquelle la classe moyenne devient inutile et même coûteuse car elle obère les possibilités de profit du capitalisme financiarisé. En conséquence, grâce à l’État devenu malveillant, l’euthanasie progressive de la classe moyenne s’imposera. Ainsi, le bâton succèdera-t-il à la carotte.

Le miroir aux alouettes de la classe moyenne en Afrique et au Sud en général

Après les indépendances, les dirigeants africains ont mis en œuvre des stratégies de développement nationalistes – clientélistes centrées sur l’élargissement du marché intérieur. Il s’agissait à la fois de renforcer la cohésion nationale, de stabiliser le climat politique et de répondre aux attentes des populations qui souhaitaient bénéficier d’un surcroît de bien-être par rapport à la période coloniale. La croissance des effectifs de la Fonction…

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Auteur: Bernard CONTE Le grand soir

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