Créatures hybrides représentées dans des situations ridiculisant l’espèce humaine, chiens qu’on emmenait à la messe, escargots traduits en cour de justice… Au Moyen Âge, l’animal est omniprésent, mais n’existe pas encore comme catégorie distincte des humains. Récit d’une invention qui prit quelques siècles…
Nous vivons dans une société qui divise le monde en deux catégories bien distinctes, la catégorie « animal » et la catégorie « humains ». Mais il n’en a pas toujours été ainsi, comme vous le dites dans votre livre. C’est d’abord la religion chrétienne qui introduit cette rupture ?
Pierre-Olivier Dittmar Pour comprendre cette frontière qui sépare l’humanité de l’animalité, il faut effectivement remonter à une première rupture radicale, celle opérée par le christianisme, qui inaugure un monde où la religion se passe des animaux.
Dans le cadre antique (grec, romain ou juif), les animaux sont au cœur de la sphère rituelle, qui régit elle-même en grande partie la vie quotidienne. Les sacrifices d’animaux accompagnent toutes les fêtes, même locales. Et peuvent prendre des dimensions dantesques. Imaginez par exemple qu’à Rome, pour célébrer la victoire d’un général, on pouvait sacrifier jusqu’à 120 bœufs au cœur de la cité, avec ce que cela entraînait dans la ville d’odeurs, de sang et de problèmes de gestion des déchets organiques ! Mais le fruit de ces…
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