La dette publique est souvent perçue comme un élément incontournable des politiques économiques modernes. Elle agirait comme un relais naturel de la dette privée dans un contexte où l’épargne globale dépasse l’investissement. Mais cette perception mérite d’être nuancée, car elle repose sur plusieurs hypothèses qui peuvent être remises en question.
À première vue, la dette publique semble remplir une fonction cruciale dans une économie où l’épargne globale, tant celle des ménages que des entreprises, dépasse les besoins d’investissement. En effet, les entreprises, tout comme les ménages, sont souvent en position de créanciers nets. Cette situation génère un surplus d’épargne qui doit être absorbé par d’autres acteurs économiques, notamment les gouvernements, qui peuvent emprunter ces fonds pour financer des dépenses publiques.
Ce mécanisme, en apparence, confère à la dette publique un rôle stabilisateur : elle permet de recycler l’excès d’épargne sous forme de dépenses publiques, stimulant ainsi l’économie et évitant une stagnation due à un manque de demande. Cependant, cette approche fait abstraction des effets secondaires et des comportements anticipateurs des acteurs économiques.
Une explication incomplète
Une autre explication possible du surplus d’épargne provient de ce que l’on appelle l’équivalence ricardienne. Selon cette théorie, les ménages et les entreprises anticipent des hausses futures de la fiscalité en réponse à l’augmentation de la dette publique. Ils épargnent donc davantage aujourd’hui en prévision de l’augmentation future des impôts, nécessaire pour rembourser cette dette. En conséquence, ce surcroît d’épargne n’est pas nécessairement un excès, mais une réponse rationnelle à la politique budgétaire actuelle trop dépensière.
Ce phénomène peut créer un cercle vicieux : les entreprises épargnent « trop » par crainte d’une…
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Auteur: Serge Besanger, Professeur à l’ESCE International Business School, INSEEC U Research Center, ESCE International Business School

