Julia Cagé est économiste — elle a été lauréate du prix du meilleur économiste européen — et politologue. Elle s’intéresse à l’économie des médias, aux comportements de vote, et… à l’union de la gauche.
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Reporterre — Quel est l’état de la gauche en France aujourd’hui ?
Julia Cagé — Elle se porte mal. Elle n’était pas loin d’avoir un Premier ministre en 2024, mais ça ne s’est pas fait. La gauche a aussi beaucoup déçu quand elle était au pouvoir entre 2012 et 2017. Il y a énormément de choses que François Hollande a mal faites. Maintenant, quand on voit Emmanuel Macron, quand on voit le risque d’avoir soit le Rassemblement national, soit un Bruno Retailleau au pouvoir en 2027, on se dit que c’était quand même mieux quand les socialistes gouvernaient.
Beaucoup de gens disent « la gauche, on a essayé, c’était nul donc je ne veux plus voter à gauche ».
La gauche a été au pouvoir quasiment la moitié du temps depuis 1981. Elle a cependant fait des choses bien : l’impôt sur la fortune, la CSG [la contribution sociale généralisée], un certain développement des services publics, un certain nombre de politiques environnementales. Il faut qu’elle s’interroge sur la politique européenne, qui explique en partie la désindustrialisation. La gauche a aussi accepté l’idée qu’à 50 % du PIB, l’État social était assez développé et qu’on ne pouvait pas aller plus loin. Sauf qu’il faut aller plus loin.
Le service public des hôpitaux se dégrade, et les besoins ont beaucoup augmenté, parce que la population est vieillissante, mais aussi parce qu’on a fait d’énormes progrès en termes de médecine, ce qui coûte beaucoup plus cher. Donc si on s’arrête à tant de pourcents d’investissements dans la santé, la santé publique va se dégrader. C’est pareil pour…
Auteur: Hervé Kempf

