La seule chose plus dangereuse que la guerre pour la nature et le climat, c’est la paix. Telle est l’hypothèse explorée par Pierre Charbonnier, philosophe et chercheur au CNRS et enseignant à Sciences Po, dans son ouvrage Vers l’écologie de guerre, publié aux Editions La Découverte. Nous sommes en effet les héritiers d’une histoire intellectuelle et politique qui a constamment répété que créer les conditions de la paix entre les hommes nécessitait d’exploiter la nature. Nous reproduisons ci-dessous une partie de son introduction.
Les années vingt de ce siècle marquent l’entrée dans un nouvel âge des politiques climatiques. Après les alertes, les conférences scientifiques et diplomatiques, les campagnes de sensibilisation et la lutte contre le déni, l’enjeu climatique est désormais au cœur des relations internationales, au cœur des rapports de pouvoir. La maladie de la planète est remontée jusqu’au système nerveux central et plus aucune décision n’est prise sans que cet enjeu ne soit à l’horizon.
Nous ne savons pas encore ce que ces évolutions vont provoquer, s’il s’agit d’une bonne ou d’une mauvaise nouvelle, mais nous savons que l’avenir des rapports de puissance est profondément dépendant des choix qui seront faits pour lutter contre la catastrophe climatique. Nous savons, en d’autres termes, qu’entre la guerre, la paix et le climat, un lien solide est désormais noué.
L’année 2022 à elle seule nous a fait prendre un tournant spectaculaire. Alors que la décarbonation de l’économie suscitait généralement des craintes en raison du retard économique et de l’affaiblissement géopolitique qu’elle devait entraîner, l’invasion de l’Ukraine par la Russie de Vladimir Poutine a poussé l’Europe à accélérer l’élimination des énergies fossiles de son économie – celles provenant de l’Empire russe, d’abord, puis, peut-être, dans la foulée, toutes les autres.
Ce…
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Auteur: Pierre Charbonnier, Chargé de recherches au CNRS et enseignant à Sciences Po, Sciences Po

