Dans la Face cachée de la sobriété (éditions de l’Aube), Florent Laroche s’interroge sur les limites de la sobriété, cette stratégie le plus souvent individuelle pour consommer moins. C’est tout le paradoxe de notre situation : la sobriété contemporaine de l’urbain vivant dans une société de consommation n’a rien à voir avec celle de l’ermite d’autrefois. Nous vous proposons de lire un extrait de cet ouvrage.
Face aux enjeux du XXIe siècle et aux limites planétaires, le concept de sobriété est érigé en solution au consumérisme. Il est reconnu que la technologie ne pourra pas tout faire sans une inflexion notable des modes de vie vers la réduction des consommations, le retour à l’essentiel. Le concept de sobriété incarne cette idée loin d’être nouvelle. Une simple recherche dans le dictionnaire rappelle que la sobriété a toujours été liée à une certaine vertu, qu’elle se trouve chez le paysan qui vit simplement « de pain et d’eau » comme l’écrit Zola ou chez l’ermite qui s’exclut du monde et de son confort matériel pour se rapprocher du divin.
Qu’elle soit choisie ou subie, la sobriété n’a cessé de fasciner nos sociétés pour être défendue en ce début de siècle comme une vertu au chevet de la planète. Prônée comme « heureuse » par Pierre Rabhi ou Jean-Baptiste de Foucauld, elle pourrait être salutaire pour sauver les hommes des périls de la consommation. Encore faut-il qu’elle puisse massivement les convaincre. On se trouve bien loin de renoncer à toutes choses pour vivre chichement dans une cabane sans presque aucun revenu comme a pu le faire à son époque Henry David Thoreau, les ermites des premiers monastères ou les zadistes des temps modernes. Et c’est toute la question : que se passe-t-il quand on fait de la sobriété que l’on pourrait appeler partielle ? Que se passe-t-il quand on réduit une ou deux consommations par bonne conscience sans toucher à…
Auteur: Florent Laroche, Maître de conférence en économie, Université Lumière Lyon 2

