Et si le sport prônait la coopération et la lenteur ?

Pleurs de joie des vainqueurs, liesse cathartique des spectateurs et même embrassades fraternelles et sororales entre adversaires d’un jour : depuis l’ouverture des Jeux olympiques et paralympiques (JOP) de Paris, le 26 juillet, les traditionnelles scènes d’émotions collectives se multiplient, célébrant les premières médailles. Ce que l’on appelle communément les « valeurs du sport » profite, à l’occasion des JOP, d’une publicité médiatique colossale : plus de 4 milliards de téléspectateurs sont espérés par le Comité international olympique (CIO).

L’événement véhicule toutefois d’autres valeurs, largement moins consensuelles : quête sans fin du dépassement de soi et des autres, désir de puissance, volonté de contrôle, éloge de la compétition, culte de la performance, classement des individus… En un mot, une philosophie de la démesure, antinomique à celle de l’écologie. Alors que le cataclysme écologique en cours souligne plutôt l’urgence de ralentir et de retrouver le sens des limites, le sport semble prôner une éthique à rebours complet de la révolution culturelle dont nous avons besoin. Peut-il encore se réinventer et mettre sa formidable puissance mobilisatrice au service d’une bifurcation civilisationnelle écologique ?

De nombreux sportifs sont eux-mêmes taraudés par cette question. En 2023, le navigateur Stan Thuret annonçait arrêter définitivement la course au large pour raisons écologiques. « On a collectivement été rendus addicts au culte de la performance à travers des récits ancrés et entretenus par un système », déplore l’ex-skipper dans Réduire la voilure (Éditions Robert Laffont, 2024). Il y fait le récit de sa tentative avortée de changer de l’intérieur un « sport monétisé par le capitalisme », embarqué dans une course à la vitesse dénuée de sens.

L’essence totalitaire du sport

Le sport n’a pourtant pas toujours été perverti par…

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Auteur: Vincent Lucchese

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