L’entrée dans la décennie des années 1960 a marqué une forme de rupture en termes d’organisations spatiales : fini par exemple les grands pools d’employées dactylographes, ces dizaines de femmes en blouses blanches, sous surveillance, penchées sur leur « Remington », installées sur de simples tables alignées à des postes de travail standardisés. Ces espaces marqués par trois caractéristiques, ordre, discipline et recherche de l’efficacité sont assimilables à ce que l’ethnologue Marc Augé nommait en 1992, des « non-lieux » : des endroits réglés, interchangeables, anonymes et dénués d’interactions.
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Parmi les initiatives qui ont fleuri alors à l’encontre de ces espaces tertiaires aux formes rigides, on retrouvait notamment celles des bureaux dits « paysagers » objet d’un développement dans notre ouvrage récent intitulé Le Travail et ses espaces, le pari du bien-être et de la performance, publié chez deboeck supérieur. Détourné rapidement après avoir été inventé, le concept pourrait cependant offrir des réponses à nombre de problématiques actuelles.
Un projet social
Ce sont les frères Eberhard et Wolfgang Schnelle, consultants en organisation, qui inventent et mettent en œuvre, en 1958 ou 1959 selon les sources, une forme d’aménagement d’espaces tertiaires singulièrement innovante au sein de la société pharmaceutique Boehringer à Mannheim. Elle est qualifiée de « bureaux paysagers ». L’originalité de la démarche pour l’époque est de s’inscrire dans le cadre d’une pensée globale, mettant l’humain au cœur d’un projet intégrant la conception, le mobilier, les espaces de travail et le processus de travail. Ce projet socio-organisationnel se donnait pour objectif de remettre en cause des pratiques antérieures et plus particulièrement la symbolique verticale du pouvoir hiérarchique cloisonné, des statuts et des rangs symboliquement attribués.
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Auteur: Jean-Pierre Bouchez, Directeur de recherches en sciences de gestion, Université Paris-Saclay

