Fiona Mille est présidente de l’association Mountain Wilderness. Elle a publié Réinventons la montagne (éd. du Faubourg, 2024). Elle y dresse un constat réaliste de la montagne, bousculée par le chaos climatique, mais ouvre surtout des perspectives positives sur ces territoires en mutation.
Lisez ce grand entretien, que vous pouvez aussi écouter intégralement sur une plateforme de votre choix ou regarder en vidéo.
Reporterre — Vous vivez en montagne, à 1 100 mètres d’altitude dans les Alpes, mais vous venez d’une famille de mineurs du Nord. Vous comparez la fin du charbon dans le nord de la France dans les années 1960 et la fin de la neige qui va arriver en montagne.
Mon arrière-grand-père était mineur. Dans le bassin minier, on a connu la fermeture des mines, ça a été terrible. On se sentait d’un coup dévalorisés. Nos territoires montagnards sont eux aussi confrontés à un enjeu de bifurcation de leur modèle économique. Dans les Alpes, on a un coup à jouer pour éviter le choc brutal qu’a été la fermeture des mines, il y a encore une fenêtre de tir pour prendre un virage.
Le facteur qui impose cette mutation, c’est le changement climatique. Comment se perçoit-il en montagne ?
Les montagnes sont des sentinelles du climat : dans les Alpes, on est déjà à plus 2 °C de réchauffement par rapport à l’ère préindustrielle. Les effets sont visibles à l’œil nu, et cela a des conséquences concrètes sur les emplois liés à l’économie de la neige. Cela impacte aussi l’agriculture, on voit les conséquences des sécheresses sur les pâturages, etc. Cela impacte les glaciers, et donc la ressource en eau. Cela impacte les risques naturels et donc l’habitabilité des territoires. Bref, le changement climatique est en train de bouleverser nos manières de vivre. Il faut les réinventer.
« Les montagnes sont des sentinelles du climat »
Pourquoi y a-t-il un problème de ressource en eau…
Auteur: Hervé Kempf

