Et si on vivait sans police ?

L’autre programme — Que pourrait faire un gouvernement pour engager la transformation de notre société ? Travail, démocratie, fiscalité, agriculture, énergie… Reporterre vous propose d’explorer, par des reportages et des enquêtes, quelques mesures de rupture écologique et sociale.


Le ton monte chez vos voisins. Ce n’est pas la première fois, mais cette fois-ci, la dispute semble dégénérer. Que faites-vous ? Une amie vous confie qu’elle a subi une agression sexuelle. Que lui conseillez-vous ? Vous retrouvez un matin votre porte de garage taguée, comme plusieurs de vos voisins. Que décidez-vous collectivement ?

Votre réaction sera probablement de vous tourner vers la police. Mais vous pouvez aussi faire le choix d’apprendre à vous passer d’elle. Abolir, défaire la police. Le mot d’ordre vient des États-Unis, où l’idée est développée déjà depuis une vingtaine d’années, dans le sillage des mouvements pour l’abolition de la prison. Elle est revenue sur le devant de la scène en mai 2020. George Floyd, un Africain-Américain de 46 ans, était mis à mort par un policier de Minneapolis, étouffé pendant près de neuf longues minutes intégralement filmées.

À Minneapolis, lors de la manifestation du 28 mai 2020 suite au meurtre de George Floyd par la police. CC 1.0 / Hungryogrephotos / Wikimedia Commons

Ce meurtre a déclenché un soulèvement à Minneapolis, qui s’est propagé dans d’autres villes des États-Unis. Le mouvement Black Lives Matter (« la vie des Noirs compte ») réclamait l’abolition de la police, l’arrêt de son financement. Au point que seulement deux semaines après la mort de George Floyd, le conseil municipal de Minneapolis annonçait le démantèlement de sa police.

En France, l’idée a également été évoquée à l’occasion de la médiatisation du mouvement Black Lives Matter de 2020. Mais elle perce à peine. Deux recueils de textes parus à l’automne 2021 l’abordent : Abolir la police, du collectif Matsuda, traduit des textes étasuniens sur le sujet et Défaire la police (éd. Divergences) réunit des textes originaux de différents auteurs (Jérôme Baschet, Elsa Dorlin, Irène, Guy Lerouge, le Collectif Matsuda et Serge Quadruppani). Dans les milieux militants, on commence à en discuter. « On en est aux premiers pas », dit à Reporterre Ian B, du collectif Désarmons-les. « Avant la mort de George Floyd, cela se cantonnait aux milieux universitaires et anti-carcéraux. » Amal Bentounsi, fondatrice du collectif des familles des victimes…

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Auteur: Marie Astier (Reporterre) Reporterre

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