Les États-Unis célèbrent leur 250ᵉ anniversaire en pleine période de régression environnementale, entre les attaques de Donald Trump contre les scientifiques, le recul sur les politiques climatiques et le retour d’un impérialisme expansionniste symbolisé par la guerre en Iran.
C’est pourtant d’outre-Atlantique que nous puisons une partie de la pensée de l’écologie politique française et européenne : les premiers espaces naturels préservés, les premiers ponts entre antiracisme et écologie, et des modes d’auto-organisation des communautés locales pour s’opposer au pouvoir central.
Spécialisée sur l’histoire environnementale des États-Unis, Emmanuelle Perez-Tisserant, maîtresse de conférence à l’université Toulouse-Jean-Jaurès, décrit cette phase contemporaine dans son dernier ouvrage, Le moment orwellien (Seuil, 2026, avec Olivier Berné et Tamara Ben Ari).
Reporterre — L’écologie aux États-Unis a connu une longue succession d’épisodes où elle était à l’avant-garde, et d’autres où elle était en retrait. Qu’est-ce qui la caractérise actuellement ?
Emmanuelle Perez-Tisserant — Les États-Unis ont une longue histoire coloniale, qu’il est important d’avoir en tête. Les institutions politiques actuelles du pays ont été façonnées d’abord par les colonisations britannique, espagnole, française, néerlandaise et russe ; puis, à partir de la Déclaration d’indépendance en 1776, par une colonisation intérieure qui s’est matérialisée par l’éradication des populations autochtones et le développement de l’esclavage.
Ce n’est donc pas un accident s’il y a à la fois une très forte prise de conscience des enjeux environnementaux, et en même temps une résistance à les intégrer : la transformation profonde de l’environnement est un élément structurant de l’histoire de ce pays.
L’historien Frédérick Jackson Turner théorise, en 1893, l’importance de…
Auteur: Nicolas Celnik

