En mars 1954, Dwight D. Eisenhower revenait d’une semaine de vacances dans le ranch luxueux de l’homme d’affaires californien Paul Helms (1889-1957), à Palm Springs, lorsqu’il fut rattrapé par les frasques incontrôlées du sénateur Joseph McCarthy (1908-1957). Frustré, le président républicain écrivit à Helms pour exprimer ses inquiétudes face à l’escalade de la chasse aux sorcières anticommuniste de McCarthy :
« C’est un triste constat sur notre gouvernement qu’une chose aussi manifestement inutile et fallacieuse puisse détourner notre attention de tout le travail constructif auquel nous pourrions et devrions nous consacrer. »
Dans sa poursuite zélée de subversifs socialistes, McCarthy donnait une expression outrancière aux sentiments politiques qui animaient nombre d’élites économiques et conservatrices. Mais il le faisait sans leur aval, mû par ses propres passions grandiloquentes et ses paranoïas. À mesure que sa démagogie s’intensifiait, ils craignaient qu’il n’embarrasse leur cause et ne provoque des turbulences politiques et économiques inutiles. C’était un boulet incontrôlable. Au cours de l’année suivante, les élites économiques et républicaines unirent donc leurs forces pour soutenir la procédure de censure du Congrès qui finit par lui clouer le bec.
Paul Heideman[1] ouvre son nouveau livre, Rogue Elephant, en opposant cette mise au pas rapide de McCarthy par les grands du GOP à l’ascension irrésistible de Donald Trump. Trump, lui aussi, a toujours été controversé et imprévisible, inquiétant de nombreux acteurs du monde des affaires et de l’establishment républicain. Mais en 2016, les liens qui unissaient les dirigeants du GOP aux titans de l’industrie américaine s’étaient désintégrés. Plus personne pour manier le fouet. En réalité, il n’y avait plus de fouet du tout — seulement un million de fils distendus et effilochés. Et beaucoup de…
Auteur: ugopalheta

