États-Unis : de l’explosion des inégalités économiques à la crise de la reproduction sociale

En 2025, les Démocrates ont découvert que la plupart de leurs électeurs et électrices avaient le sentiment de ne plus pouvoir vivre de leurs revenus. Selon plusieurs instituts de sondage, il ne s’agissait pas seulement des pauvres, qui ont toujours été confrontés à une crise du coût de la vie, mais aussi de ce que l’on appelle les « classes moyennes ». Doutant que l’inflation soit une manière convaincante de décrire la crise vécue par la plupart des gens ordinaires, les sondeuses démocrates Celinda Lake et Anat Shanker-Osorio ont exhorté les candidat·es démocrates à parler plutôt d’affordability — un terme que l’on pourrait traduire, selon les contextes, par « pouvoir d’achat », « coût de la vie » ou « accessibilité financière »[1].

Suivant ce conseil, les démocrates modérées Abigail Spanberger et Mikie Sherrill ont largement remporté leurs élections au poste de gouverneure. Hakeem Jeffries, démocrate centriste assumé et chef de la minorité démocrate à la Chambre des représentants, a déclaré que l’affordability avait été « à l’évidence la question décisive », tandis que la progressiste Elizabeth Warren en faisait « la raison centrale d’être démocrate »[2]. Zohran Mamdani, socialiste démocrate, a lui aussi fait campagne sur ce thème, même si ses propositions pour y répondre étaient bien plus concrètes que celles de la plupart des autres candidat·es.

Ce terme anodin a été adopté aussi bien par les républicains — Trump compris — que par les démocrates. Il est moins lourd et moins inquiétant que « crise du coût de la vie », moins insultant que « c’est l’économie, idiot », et plus parlant que le dernier chiffre de l’indice des prix à la consommation. Mais que signifie-t-il exactement ? Et surtout, que signifie-t-il pour tous ces électeurs et électrices qui y répondent favorablement ? Selon une enquête du New York Times et du Siena College, 60 %…

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Auteur: romain romain