Dans un article du Guardian qui a marqué les esprits, Naomi Klein et Astra Taylor ont inventé le concept de « fascisme de la fin des temps ». Elles mettent en avant la conjonction des intérêts des milliardaires, qui tablent sur un prochain effondrement civilisationnel (d’où leur frénésie survivaliste), et des fondamentalistes chrétiens, qui répètent inlassablement que la Fin des Temps est imminente. Les deux journalistes affirment notamment que « jamais auparavant on n’avait été confronté à un gouvernement aux tendances si puissamment apocalyptiques ». Dans cet article riche et d’une densité remarquable, les autrices, pour qui le trumpisme n’est pas « un vieux mariage entre le néolibéralisme et le néoconservatisme », sont tellement affairées par la définition de leur concept sur les plans socio-économique et politique qu’elles négligent quelque peu, à leur tour, la dimension religieuse – après l’avoir pourtant dûment pointée du doigt.
Si l’on veut comprendre le trumpisme, il faut interroger, dans une perspective braudélienne de longue durée, l’influence croissante des évangéliques depuis plusieurs décennies. En effet, au cœur de l’idéologie qui a permis à Trump de s’emparer du pouvoir, la religion a été essentielle. Après l’attentat de Butler, pendant les derniers mois de la campagne, le milliardaire n’a cessé de répéter qu’il avait été choisi par Dieu. Ses discours ont dépeint les États-Unis sous un jour clairement apocalyptique et ses adversaires ont été diabolisés – Kamala Harris la première, qui a été implicitement comparée à la Grande Prostituée de Babylone. Vers la fin de la campagne, quand la victoire s’est trouvée à portée de main, le ton a considérablement changé et on est passé d’un millénarisme glaçant à un messianisme exalté. Le candidat annonçait le retour prochain d’un Âge d’or qui partageait de nombreuses caractéristiques avec le…
Auteur: Le Média

