Depuis quelques jours, les rues de Manhattan sont silencieuses. Le 5 novembre, jour des résultats de l’élection présidentielle, il faisait 27 °C. Personne dans les rues. Nul besoin de regarder la soirée électorale – elle avait mal commencé, elle allait mal se finir. Enfin, pas pour tout le monde. Car la joie s’est emparée d’une grande partie du pays.
Une joie totale, sincère. Elle ne s’est pas diffusée dans certains quartiers de Manhattan, mais elle n’a pas épargné la ville de New York qui accueillait des casquettes Maga [Make America great again] rouges, en liesse, au Madison Square Garden. Des analyses, souvent justes, sont produites sur les raisons de la défaite totale des Démocrates, mobilisant à la fois les biais de genre, de race, de classe, l’absence manifeste de programme et de réponse concrète aux inégalités structurelles qui abîment le pays et le monde.
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Toute une politique des affects a également accompagné, explicitement, cette campagne. Le Parti démocrate a mis la « joie » à l’honneur. « Bringing back the joy » – ramener la joie contre la tyrannie politique et sociale promise par le candidat républicain. La formule s’afficha pourtant comme une contradiction. Le visage lumineux de la vice-présidente Harris en fut la terrible dénégation. Car les Démocrates sont d’abord ceux qui n’ont pas réussi à ramener la joie après quatre années de pouvoir. La tristesse fut dans leur camp et leur slogan de campagne eut la tonalité d’un bilan.
La joie, aux États-Unis, est conservatrice. Elle ne flanche pas devant les mots chagrins, qu’on lui lance à la figure.
La joie n’est pas un affect spécifiquement progressiste. Assenée comme un spot…
Auteur: Nadia Yala Kisukidi
