Formée dans une université d’Europe centrale, j’ai démarré mes premières recherches anthropologiques de manière classique. Avec mon carnet et un stylo, j’étais en route pour rencontrer des survivants de viols de guerre en Bosnie-Herzégovine, intéressée par la question des effets à long terme des traumatismes sur la sexualité dans une société post-conflit. Peu de temps après avoir rencontré le premier groupe de survivants, j’ai pris conscience que j’étais mal formée aux méthodes de recherche sur le terrain et qu’une éthique de conduite de recherche standardisée était nécessaire.
L’examen éthique a été institutionnalisé pour la première fois dans le Code de Nuremberg en 1947 comme un examen a valider pour être diplômé. En 1965, la World Medical Association a adopté une déclaration sur l’éthique de la recherche, qui est encore aujourd’hui l’un des documents les plus importants pour établir des principes éthiques dans le domaine académique.
Son pivot est la conduite « no harm » : la recherche ne doit jamais blesser qui que ce soit ; les données ne doivent pas s’obtenir aux dépens d’autrui.
Une conduite éthique difficile à atteindre
En pratique, une véritable conduite « no harm » peut être difficile à atteindre, en particulier lorsque l’on travaille avec des traumatismes, car les stimulus réveillant la mémoire traumatique – les déclencheurs – sont difficiles à prévoir et donc à éviter complètement.
Les approches méthodologiques orales standardisées, comme les entretiens semi-structurés peuvent être de facto délétères si, par exemple, on pose une question liée à une grossesse forcée ou à un viol de guerre. Je doute qu’il existe un moyen possible de poser de telles questions d’une manière totalement éthique.
Outre le format méthodologique problématique, j’étais hantée par l’idée de construire une carrière sur la misère ou le malheur de certaines personnes. La plupart des recherches en sciences sociales n’ont pas d’impact positif direct pour les participants et après chaque terrain, je reviens dans ma vie universitaire confortable, tandis qu’elles et eux restent avec leur trauma et leur contexte de vie difficile.
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Auteur: Nena Mocnik, Maria Skłodowska Curie EUTOPIA-SIF COFUND Fellow, CY Cergy Paris Université

