Notice : La plupart de ces peuples ont vécu en marge de la mondialisation, soit bien avant, soit bien après, ailleurs, à côté. Peuples incomplets, partiels, fragmentaires. Leur organisation se caractérise souvent par un trait singulier qu’on ne saisit pas toujours au premier regard. Le travail ethnographique consiste à saisir ce trait dont tout découle.
Les Elbènes et les Omberliths
Les guerres passées qui ont opposé les Elbènes et les Omberliths ont été si terribles qu’aucun de ces deux peuples, encore traumatisés par les violences inouïes qu’ils se sont mutuellement infligées, n’en reconnaît l’existence : elles ne sont ni racontées, ni même nommées. Le déni est si puissant qu’il va jusqu’à laisser les enfants des deux peuples ennemis se fréquenter. Quand une jeune Elbène et un jeune Omberlith se rencontrent et se rapprochent, irrésistiblement attirés l’un par l’autre, personne ne les dissuade, mais les fiancés sentent une tension muette et palpable autour d’eux, dont leur amour se nourrit. Le mariage est célébré dans un silence orageux, les jeunes mariés étant seuls à danser sous les yeux de leurs familles accablées, dans une lenteur de valse tragique. L’enfant qui naît de ce mariage ne parlera jamais.
Les Rogues
Dénués de défense immunitaire, les Rogues ont toujours eu une santé fragile. Mais depuis la dernière pandémie de dracémie noire, les choses se sont considérablement aggravées : le rapport, dans la population, des individus malades et des individus sains s’est inversé, à tel point qu’on traite désormais les négatifs, devenus minoritaires, comme de pénibles anomalies. Il est autorisé de leur cracher dessus, ou de chercher à les infecter par les moyens les plus abjects. Pour échapper à ce sort, les négatifs ne sortent qu’en contrefaisant la conduite des malades, toussent, boîtent, se tordent. Mais l’absence des taches noires sur leur peau, typiques de la…
Auteur: dev

