Ethnographies des mondes à venir

Nous continuons cette semaine nos pérégrinations autour de l’anthropologie, de la philosophie et de l’anarchisme. Après avoir discuté avec Catherine Malabou, Barbara Glowczewski, Nastassja Martin et Jean Vioulac il allait de soit qu’il nous fallait rencontrer Philippe Descola et Alessandro Pignocchi. Nous avons parlé de leur livre d’entretien et de bandes dessinées qui vient de paraître Ethnographie des mondes à venir mais aussi de l’appel des Soulèvements de la terre à rejoindre Sainte-Soline (79) le 29 et 30 octobre afin de lutter contre les mega-bassines.

Nous avons vu avec Nastassja Martin que le tournant ontologique en anthropologie était passé d’un certain surplomb théorique à une forme plus offensive. Nastassja Martin déployait un arsenal narratif où la primauté revenait moins à la description apaisée des cosmologies qu’au jeu d’effondrement et de passage des unes dans les autres. Elle insistait sur les pragmatiques animistes naissant au moment de crises systémiques du Naturalisme. Les Even du Kamchatka devenant des sortes d’anarchistes oniriques – où leurs pratiques du rêve recélaient une puissance de rencontre avec les archétypes cosmologiques qui régissent les moments de crise : figures de la ruse, de la transformation et de l’accident comme le Corbeau faiseur de mondes, la Zibeline aux mille et unes astuces, ou plus généralement le « trickster », « dernier insoumis et premier législateur », qui apparaît dans les moments de transition d’un monde à l’autre.

L’idée que ce qui compte ce sont les manières de faire des mondes par les manières de se lier aux non-humains en fonction de nos intériorités et de nos physicalités, ce tournant qui considère que s’il existe du capitalisme qui mange des montagnes de par chez nous, c’est parce qu’on se serait mis vers la fin de la Renaissance à penser nos relations avec les non-humains comme des relations de maîtres et possesseurs, fondées sur le postulat que les non humains n’ont pas d’autre intériorité que celle d’un tas d’atome, ce tournant semble radicaliser son positionnement sur le champ de bataille.

Avec Pignocchi et Descola, on repère peut-être deux tendances :

  • d’abord, la prise au sérieux de la nécessité de changer de régime, et l’idée que cela en passera en parti par un compromis animiste/naturaliste, confédérations municipales autonomes côtoyant des États sobres. Et dans ce cas, il ne faudra pas négliger les voies d’une…

La suite est à lire sur: lundi.am
Auteur: lundimatin

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