Faire de la science bas carbone et riche de sens. C’est l’ambition de plus en plus de scientifiques qui tâchent ainsi à la fois prendre leur part dans le grand chantier de la décarbonation mais aussi promouvoir au passage une science ouverte où, de la collecte de données à l’utilisation de matériel, la compétition et les initiatives individuelles laissent place à plus de mise en commun.
À l’heure du réchauffement climatique, un scientifique peut-il encore aller faire des recherches à l’autre bout du monde ou avec de très grands équipements ? Est-ce que cela se justifie si, il ou elle va justement étudier l’impact du réchauffement climatique, ou aider à l’adaptation locale ? Toutes les recherches sont-elles légitimes ? Y aurait-il moyen de mener nos recherches autrement ? N’est-ce pas même indispensable, à l’heure où le monde de la recherche ne cessent d’alerter face au danger climatique mais où la crédibilité scientifique, elle, s’effrite ?
Ces questionnements sont au cœur des réflexions qu’un nombre grandissant de scientifiques mènent depuis plusieurs années avec l’objectif de « décarboner » le monde de la recherche académique. Mais plus largement, de concilier sciences et sens en réalignant l’exercice de nos métiers aux conditions d’habitabilité du système Terre.
L’« empreinte carbone » de la recherche
Pour comprendre comment la recherche pourrait être conduite dans un meilleur respect des limites planétaires, commençons par quantifier un de aspects, son « empreinte carbone ». Cette approche est certes restrictive, et ne doit pas invisibiliser des réflexions essentielles autour de la conservation de la biodiversité, de l’exploitation raisonnable des ressources, du maintien des grands cycles…
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Auteur: Nicolas Gratiot, Deputy director, Institut de recherche pour le développement (IRD)

