Cri de rupture contre l’ordre reproductif, Etxeko urak (2020) de la poétesse bascophone Leire Bilbao (1978) écrit la naissance comme plaie, travail forcé, dressage, qui emprisonne le corps des femmes de génération en génération. Comme l’a dit Clélia Gasquet-Blanchard (voir notre entretien de la semaine dernière ici, le capitalisme fabrique des mères pour tenir le monde, pas pour aimer les enfants.
[Leire Bilbao, « Etxeko urak » (« Aguas madres »), 2020. Traduction de l’euskera par Victor Martinez (2026)]
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Les heures qui suivent l’accouchement :
croûtes de sang et lait,
boue fange eaux obscures
et, qui tente de tout recouvrir,
l’odeur de nouvelle peau.
Sous les draps blancs,
l’orographie de ce moi :
lent glissement de roches sédimentaires.
Je tente de réécrire ma peau
avec la patience des pierres ;
modelage d’un corps nouveau
avec des doigts de sel.
Je tente
de rejeter mouches larves parasites ;
de libérer anguilles mousse mollusques.
Je tente de regarder fixement ma blessure.
La brèche de mon sexe crie,
roche incandescente
qui vient de se fendre.
Mes lèvres sont des falaises
qui projettent l’ire des pierres.
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Tu enfantes à nouveau.
Tu ouvres les jambes
comme s’ouvrent les cages
et, humide, il se montre
avec le frémissement
de qui ne sait son destin.
Tu l’entoures d’un lange,
tu le laves avec la salive
et le peignes avec les doigts :
tes mains sont son nid.
Tu l’approvisionneras
de ce qu’on nomme nourriture protection
amour ;
tu te donneras
avec l’étreinte d’un arbre.
Un jour il atteindra
le bord des ramures,
et il se donnera à l’air
avec l’étonnement
de qui ne sait son destin.
Il apprendra à tomber.
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Je brame
comme la forêt la nuit
sombre et ouverte
par cette vérité occulte
depuis le volcan de mon sexe
je brame
avec cette force qui me pousse
à donner à créer à me libérer
je brame
pendant qu’allaitent
ces seins tombés de fatigue
je brame
avec les femmes…
Auteur: dev

