Par-delà la victoire surprise de la candidate bulgare Dara et les chiffres d’audience toujours massifs, la 70ᵉ édition du concours Eurovision, le « plus grand événement musical en direct du monde », aura reflété les tensions qui traversent actuellement le continent.
Pour sa 70ᵉ édition, célébrée à la Stadthalle de Vienne (Autriche) et organisée par l’ÖRF, le groupe audiovisuel public autrichien, le concours Eurovision a, une fois encore, été profondément marqué par la géopolitique européenne et les dynamiques internationales.
Depuis sept décennies maintenant, ce concours se proclame apolitique, par la lettre (son règlement) et par l’esprit (promotion d’une forme d’unité européenne et pacifisme post-1945). Pourtant, c’est aussi un champ de frictions politiques, culturelles et médiatiques entre des imaginaires et des États, où nombre d’acteurs entendent se saisir de la visibilité de l’événement afin de promouvoir leurs priorités politiques et leurs valeurs.
Prendre un peu de recul est nécessaire pour évaluer la portée de l’édition 2026, loin du vacarme des polémiques et de la transe d’un spectacle télévisé de plus de trois heures pour la seule finale. Désormais installé dans le paysage médiatique international mondial, « l’événement monstre » (selon l’expression de l’historien Pierre Nora) que constitue l’Eurovision donne la mesure de la géopolitique actuelle.
Longévité du concours, concurrence des récits
Le rassemblement viennois a souligné combien l’Eurovision est devenu un rituel médiatique et symbolique continental : il a réuni des dizaines de millions de téléspectateurs, et drainé vers Vienne des dizaines de milliers de spectateurs, de fans, de touristes et de professionnels. Si l’édition 2026 a pu rencontrer un tel succès malgré le boycott de cinq pays – l’Espagne, l’Irlande, l’Islande, les Pays-Bas et la Slovénie –, c’est que cette…
Auteur: Florent Parmentier, Secrétaire général du CEVIPOF. Enseignant, Sciences Po

