« J’ai été agricultrice toute ma vie et exposée aux pesticides toute ma carrière », raconte Marie, 78 ans, qui souffre d’un Parkinson reconnu maladie professionnelle. Elle cultivait des céréales et des pommes de terre et élevait des vaches et des cochons en Centre-Bretagne. À 39 ans, à la suite du décès de son mari, elle a poursuivi seule l’activité de la ferme, accomplissant toutes les tâches dont celles impliquant la manipulation de pesticides.
Gaëlle a elle aussi côtoyé de près de nombreux produits chimiques, en travaillant vingt ans dans les vignes. Elle conduisait notamment le tracteur pour épandre les traitements appliqués très régulièrement sur les plants à la belle saison. En 2016, elle a développé un syndrome myéloprolifératif, une sorte de cancer du sang. « Il s’agit d’une pathologie induite par une forte exposition au benzène, une molécule que l’on trouve dans bon nombre de pesticides », explique la quadragénaire.
« Les pathologies en lien avec les pesticides se déclenchent souvent des décennies après l’exposition »
La situation de ces deux femmes peut sembler exceptionnelle. Dans les galeries de témoignages des associations de victimes des pesticides, dont de nombreux professionnels du monde agricole, les hommes sont largement majoritaires.
Sur 110 personnes accompagnées jusqu’à la reconnaissance de leur maladie professionnelle par le Collectif de soutien aux victimes des pesticides de l’Ouest, dix sont des agricultrices. Soit 6 % des 326 dossiers reçus en 2021 par le Fonds d’indemnisation des victimes des pesticides qui, depuis 2020, traite ces demandes de reconnaissance.
Cette faible proportion tient sans doute en partie à une moindre reconnaissance de l’exposition des femmes à ces substances. Plusieurs facteurs y contribuent. Leur travail dans l’agriculture a lui-même longtemps été invisibilisé. Celles qui représentent aujourd’hui 27 % des non-salariés agricoles…
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Auteur: Marion Perrier

