Exploitation des données : un changement de contrat social à bas bruit

Sélection à l’université, contenus mis en avant sur les réseaux sociaux, justice et médecine prédictive, véhicules autonomes, surveillance des foules… Aujourd’hui les algorithmes sont massivement utilisés dans de nombreux pans de la vie politique, sociale et économique.

Les termes d’« algorithme », de « donnée » ou d’« intelligence artificielle » (IA) sont souvent assimilés à des mots magiques. Certains voient dans ces « outils » des êtres infaillibles, parfaitement rationnels et dont l’aide pourrait se révéler précieuse afin de déléguer certaines tâches – voire certaines responsabilités.

Mais la collecte massive des données et l’utilisation généralisée d’algorithmes constituent aussi une menace pour la société, la démocratie et in fine le contrat social, qui est pourtant à la fondation de la conception moderne de l’État. En échange d’un service (le plus souvent gratuit), les utilisateurs délèguent alors consciemment ou inconsciemment une partie de leur pouvoir de décision ainsi que la possibilité d’agir sur leurs choix et leurs opinions.

L’aboutissement du culte de la raison

Les systèmes d’IA sont construits de manière à pouvoir traiter d’immenses quantités de données. La finalité étant de faire les choix les plus avertis et objectifs possibles. Loin d’être une fatalité, ce déploiement à grande échelle répond à des choix politiques et à la mise en avant de ce que la chercheuse en sciences juridiques Antoinette Rouvroy nomme une « rationalité algorithmique ».

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Héritières de la révolution scientifique et philosophique du XVIIe siècle, nos sociétés occidentales se sont construites autour des notions de liberté et de progrès. Dans son Esquisse d’un tableau historique de l’esprit humain (1793), Condorcet proclamait ainsi l’harmonie entre l’émancipation de l’être humain et le développement technique.

Sur le plan politique, la théorie du contrat social se fonde sur les idées de liberté, de démocratie et de vie privée. Toutes les perspectives du contrat social cherchent à comprendre les raisons pour lesquelles des individus échangeraient une part de leur liberté contre un ordre politique. Le contrat social présuppose donc l’existence d’agents rationnels qui…

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Auteur: Adrien Tallent, Doctorant en philosophie politique et éthique, Sorbonne Université

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