Province de Gangwon (Corée du Sud), reportage
Depuis Séoul, il faut trois heures de voiture pour rejoindre le sanctuaire reculé de Hwacheon, dans la province de Gangwon, au nord de la capitale. Sur la route, sinueuse, des véhicules militaires nous dépassent et des panneaux en forme de tête de mort invitent à faire demi-tour : nous approchons de la frontière avec la Corée du Nord. L’ancienne ferme est située à la lisière de la forêt. C’est un terrain de 30 000 m2 au total, dont une petite parcelle servait jusqu’en 2021 à l’exploitation d’ours noirs d’Asie (Ursus thibetanus).
Selon la médecine traditionnelle asiatique, la bile de ces bêtes — qu’on appelle aussi ours-lune à cause de la tache sur leur poitrail — possèderait des vertus exceptionnelles : elle permettrait de traiter les maladies du foie et de stimuler la vitalité. Traqués à cause de ces croyances, les ours-lune sont capturés puis élevés en cage, et tués, ou ponctionnés plusieurs fois par jour pour certains, de ce précieux liquide. Cette pratique deviendra néanmoins illégale à partir du 1er janvier 2026.
À Hwacheon, bien qu’ils soient toujours enfermés dans leur cage d’une vingtaine de mètres carrés, treize ours y sont en sécurité, et choyés par l’équipe du Project Moon Bear. Cinq femmes s’en occupent à temps plein, par shift de trois. L’ONG, créée par le directeur Choi Taegyu, 44 ans, qui donne aussi des cours d’études des animaux et de la société à l’université, entend redonner aux mammifères un quotidien décent : « La société coréenne les a contraints à la vie en captivité, et a utilisé leur corps. Nous avons presque provoqué leur extinction dans la péninsule. »
Repas de patates douces
Accroupies dehors près d’une cuve, Jiyae et Siyeon s’appliquent à laver des feuilles de chou. C’est l’heure du repas. Les autres soigneuses découpent des sacs en kraft et y fourrent des morceaux…
Auteur: Camille Ruiz

