« Il est où papa ? » demande un gamin en voyant son père en appel vidéo, en décembre dernier. « Il est dans sa maison », répond la mère, qui se veut rassurante. De l’autre côté de l’écran, Salaheddine B. hoche la tête. Son fils lui lance des regards comme s’il avait « fait ça volontairement ». L’homme est au Maroc. Expulsé par la France fin novembre, il est en réalité à la rue.
Salaheddine a été arrêté alors qu’il quittait son travail sur les coups de minuit. Contrôle routier, suivi d’un contrôle d’identité. Le tribunal administratif avait rejeté le recours contre son OQTF (obligation de quitter le territoire français), et il avait fait appel. Il est enfermé au centre de rétention de Cornebarrieu, près de Toulouse. Et expulsé à peine 48 heures plus tard.
On n’a pas eu le temps de lui préparer des affaires ni de lui dire au revoir.
Michèle
Salaheddine pensait avoir tout fait pour être « exemplaire » et à l’abri : il avait un travail stable, avait fondé une association d’accompagnement et d’aide juridique, donné son sang et rencontré autant que possible des députés insoumis. Depuis la loi asile et immigration, des personnes auparavant protégées contre les expulsions ne le sont plus, notamment les parents d’enfants français.
Après son expulsion, le compte bancaire du père de famille a été bloqué. Au Maroc, il a fini par trouver une chambre un peu miteuse mais « mieux que la rue ». Il a aussi retrouvé un travail, gestionnaire de sinistres, « pour une entreprise française basée à Toulouse et qui me paie 300 euros par mois », s’indigne Salaheddine B.
Salaheddine, expulsé au Maroc.Ci-dessous, un message de son beau-frère.
« Sans papiers dans mon propre pays »
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Auteur: Pauline Migevant

