Extension du domaine de l'extradition : l'affaire Emilio Scalzo

Une extradition pour un délit non jugé ? Ses avocats ont eu beau fouiller la jurisprudence italienne, française, européenne, ils n’ont rien trouvé de semblable, nulle part dans leurs archives. Le 15 septembre dernier, des carabiniers de Turin ont interpellé dans une rue de Bussoleno, village de la vallée de Suse et cœur de la lutte no-tav, Emilio Scalzo, 66 ans, activiste anarchiste et militant historique du combat contre la construction de la nouvelle ligne Lyon-Turin. Mais s’il est visé par une procédure d’extradition émanant de la magistrature française, c’est pour sa présence sur un autre terrain de bataille : celui de la solidarité concrète aux milliers de personnes, migrantes et exilées, qui traversent ou tentent de traverser, souvent au péril de leur vie, la frontière avec la France.

Ceux qui l’ont interpellé dans une rue de Bussoleno étaient en civils et ils ont agi si discrètement que pendant plusieurs heures, personne ne savait où il était passé : leurs chefs savaient sa popularité dans la vallée. L’accusation émanant de la France est de violence aggravée et d’outrage sur personne détentrice de l’autorité publique. Comme a eu le temps de raconter Passamontagna.info avant que ce site devienne, pour des raisons que nous ignorons, indisponible, les faits seraient relatifs à une manifestation qui eut lieu en mai dernier durant le camping « sconfiniamo la frontiera » [franchissons la frontière]. Partie de Claviere (Italie) la manifestation à l’initiative de groupes anarchistes, a débordé en territoire français. Elle se voulait une riposte à l’évacuation du refuge autogéré Chez Jésus à Oulx (où l’on portait assistance aux migrants). La manifestation en question avait été « presque aussitôt attaquée à coups de lacrymos et de grenades étourdissantes, par les gendarmes français, ces mêmes gendarmes qui repoussent et épuisent les personnes « sans les bons papiers », en les obligeant à tenter des routes toujours plus dangereuses et mortelles. » Rappelons que le 16 septembre, deux Afghans ont fait une chute mortelle.

Le mandat d’arrêt européen assorti d’une demande d’extradition qui vise Emilio est unique en son genre : il s’agirait de le transporter en France où il serait mis en détention provisoire avant même d’avoir été jugé ! Sans doute résultat des relations toujours plus étroites entre les parquets de Gap et de Turin, cette procédure donne 14 jours au tribunal de Turin pour accepter ou refuser…

La suite est à lire sur: lundi.am
Auteur: lundimatin

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