Cayenne (Guyane), reportage
C’est une audience historique qui s’est tenue, le 23 avril, dans la petite salle du tribunal administratif de Cayenne, sobrement décorée avec de l’artisanat traditionnel, où plusieurs représentants des peuples autochtones avaient fait le déplacement, dont certains en tenue coutumière.
Après deux ans d’attente, la cour examinait enfin le recours porté par 6 associations et 2 habitants wayana du Haut-Maroni — un peuple autochtone vivant dans le sud-ouest de la Guyane — sur la « carence fautive » de l’État français dans la lutte contre l’orpaillage illégal. Autrement dit, l’idée que l’État a failli dans ses obligations définies notamment par la Charte de l’environnement, qui garantit le droit à vivre dans un environnement sain.
Les requérants demandaient aussi pour la première fois à un tribunal français de doter un milieu naturel d’une personnalité juridique, en l’occurrence le fleuve Maroni, bassin de vie des peuples Wayana et Bushinenge, souillé depuis trente ans par les diverses pollutions consécutives à l’extraction illicite d’or.
« On finira par prendre les armes »
Cette audience intervient dans un contexte de recrudescence de l’orpaillage illégal, lié à l’explosion des cours de l’or et à la trop faible coopération transfrontalière, comme Reporterre l’expliquait fin 2025.
Si le Haut-Maroni continue de concentrer une grande partie des nouveaux sites exploités, l’hydre de l’orpaillage provoque l’exaspération de toute la Guyane, y compris de populations pour lesquelles la situation s’était apaisée ces dernières années, comme à Camopi, à la frontière brésilienne.
« Il y a tellement de pirogues qui passent, nous ne pouvons plus dormir. Nous réclamons un barrage militaire permanent, c’est la seule solution, mais il ne se passe rien. S’il faut, on finira par prendre les armes pour régler le problème nous-mêmes »,…
Auteur: Enzo Dubesset

