Journaliste et traductrice (notamment du Mille neuf cent quatre-vingt-quatre de George Orwell) formée à la philosophie, Celia Izoard a notamment fait profiter de sa plume la Revue Z et Reporterre. Après Merci de changer de métier, série de « lettres aux humains qui robotisent le monde » en 2020, elle vient de publier La Ruée minière au XXIe siècle, dans lequel elle démonte pièce par pièce un paradoxe pseudo-écologique : « extraire des métaux pour sauver la planète ».
Contretemps (CT) : Ton nom est avant tout attaché à la critique de la technologie et notamment de la domination numérique, y compris dans des cadres collectifs comme celui du groupe Marcuse ou au sein des éditions L’Échappée. D’où te vient cette sensibilité politique ? Quand et comment s’est-elle formée ?
Celia Izoard (CI) : Pendant mon adolescence, je lisais des romans sur la Résistance, j’avais hérité d’une histoire familiale violemment liée à l’Occupation et à la persécution des Juifs, puis joyeusement ancrée dans les aventures de Mai 68 – et je ne comprenais pas où était passée l’Histoire. À la fin des années 1990, au début des années 2000, j’avais l’impression que la politique avait été remplacée par la simple succession des technologies : l’époque du baladeur et du Macintosh, l’époque du Tatoo et du CD, l’époque du portable et du mp3 et demain celle des voitures volantes…
C’est en lisant Hannah Arendt puis plus tard Guy Debord que j’ai réussi à mettre des mots sur cette impression : la technique avait englouti le politique. Nous étions devenus de simples figurants dans l’histoire de la production industrielle, des utilisateurs de machines, nostalgiques de celles de notre enfance, enthousiasmés d’avance par celles de l’avenir. En ce sens Francis Fukuyama avait raison : c’était bel et bien la « fin de l’Histoire », non pas parce que le capitalisme mondialisé avait…
La suite est à lire sur: www.contretemps.eu
Auteur: redaction

