Fables / Anne-James Chaton / POL, 302 p., 20 euros.
Des tickets de caisse dans un livre ? La chose pourrait paraître saugrenue. Et pourtant. Le poète-performer-artiste Anne-James Chaton a eu cette incroyable révélation qu’un ticket de caisse répondait aux exigences des trois unités énoncées par Nicolas Boileau dans L’Art poétique à propos des tragédies classiques : une date, un lieu, une action (en l’occurrence, un acte d’achat). Dès lors, l’auteur n’a eu de cesse de les collectionner, les montrant même à la faveur d’expositions auxquelles il a participé dans le passé.
Ici, il en publie un sur chaque page de gauche au regard de laquelle il compose sur celle de droite une petite histoire, comique ou tragique, à partir de quelques mots prélevés sur le ticket en question. Avec une certaine liberté dans son prélèvement : « Je m’autorise des ponctions libres : une racine de mot, un faux ami, un homonyme, une consonance peuvent faire l’affaire », écrit Anne-James Chaton dans sa présentation mode d’emploi.
Fantaisies langagières
Résultat : ce sont 145 « fables » brèves qui émanent d’autant de tickets de caisse, de natures diverses mais dont la tonalité générale est plutôt sombre, avec beaucoup d’humour noir. Les plus amusantes sont celles qui s’éloignent au maximum de leur objet initial. Exemple, à partir d’une facture de photocopies faites dans un magasin Office dépôt, celle qui s’intitule « L’arrestation » : « Le policier qui l’avait amenée au poste consulta le fichier et édita une copie qu’il montra à son collègue. Ce n’était pas brillant. L’officier de service ordonna l’envoi immédiat de la jeune femme au dépôt. Laure allait en voir de toutes les couleurs » (Nous…
Auteur: Christophe Kantcheff

