« Je suis pour la révolution. Je l’ai été toute ma vie et je le suis encore. Pour un 1789 écologique. » Voici la ligne directrice. Celle à laquelle on se raccrochera au cours de ces longues heures d’échanges passionnants, parfois contradictoires, souvent déroutants, avec Fabrice Nicolino.
À bientôt 70 ans — il sera septuagénaire en août —, ce pionnier du journalisme environnemental a eu le temps de cumuler les amertumes et les désillusions. Elles se mélangent chez lui à une ferveur restée brûlante, dans un bouillonnement qui rend le personnage difficile à cerner. Journaliste ? « Un métier qui m’a énormément déçu. » De gauche ? « J’ai totalement rompu avec la gauche, en pleine perdition morale et politique. » Anarchiste, tout de même ? « Si tu tiens absolument à me définir, oui, si tu veux. »
Auteur, en tout cas, et prolifique. Dans le dernier des dizaines d’ouvrages qu’il a signés, C’est l’eau qu’on assassine (Les Liens qui libèrent, 2025), il revient sur l’effarante quantité de polluants qui empoisonnent nos rivières, nappes souterraines, océans, et dénonce l’agrochimie et les industries « criminelles » qui nous contaminent, bénéficiant de la défaillance, voire de la complicité de l’État.
Le ton tour à tour pamphlétaire, journalistique et militant est un étrange mélange des genres, à l’image de son auteur. Au risque de brouiller le message ? Peu importe pour Nicolino, dont le seul combat, l’obsession, est celle de l’urgence écologique. « Il n’y a, au fond, plus qu’un seul sujet qui compte : le dérèglement climatique. Il porte la menace très concrète de la dislocation des sociétés humaines. »
L’art de s’engueuler avec tout le monde
Tout autre enjeu ne vaut qu’à travers le prisme de cette priorité absolue, quitte à choquer. « Je me suis engueulé toute ma vie avec à peu près tout le monde », dit-il.
Cas…
Auteur: Jean-Marie Heidinger, Vincent Lucchese

