Thibault Le Pivain a été salarié des Nations unies. Il est aujourd’hui consultant et journaliste et a écrit ce texte après avoir passé deux mois à Bougainville en début d’année 2024.
Lorsqu’on pense « exil climatique », nous viennent souvent en tête des images de crues et de maisons inondées comme celles montrées en boucle par les journaux télévisés. Mais le désarroi existentiel qui accompagne l’exil, quand les conditions de vie sont devenues intenables, reste, lui, tu, méconnu. Et pourtant, des populations le vivent déjà ou redoutent de le vivre.
Dans le sud-ouest de l’océan Pacifique, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, se trouve l’atoll des îles Carteret, un ensemble de six éclats de terre dont le point culminant n’atteint que 1,20 mètre. Là-bas, l’eau monte.
L’eau monte, et le sel s’insinue dans le sol, détruit les racines des bananiers, des taros et des arbres à pain, rend les nappes phréatiques imbuvables, tandis que les précipitations, de plus en plus imprévisibles, ne garantissent plus des réservoirs d’eaux de pluie suffisamment remplis. Parallèlement, les vagues de chaleur réduisent les stocks de poissons, abîment les coraux — et l’écosystème marin qui en dépend. Le gouvernement local en est réduit à importer des aliments par speed boat, ce qui est très coûteux.
Alors quelle autre solution que l’exil quand le Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) prévoie que le niveau de l’eau pourrait encore s’élever de 0,38 à 0,77 mètre d’ici à 2100 ? Quand « certains enfants n’ont plus pour se nourrir qu’une noix de coco le matin et une l’après-midi avant d’aller se coucher », alerte Ursula Rakova, directrice de Tulele Peisa (Naviguer les vagues par nous-mêmes), une organisation qui coordonne le processus de relocalisation de certains habitants vers Bougainville, l’île haute la plus proche.
Un sentiment de perte…
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