Eyzerac (Dordogne), correspondance
« Ce sont les drones au-dessus de la maison qui m’ont réveillé. On aurait cru à une opération antiterroriste. » Serge Deschamps est encore abasourdi par la journée du 5 juin. Ce jour-là, les services vétérinaires comptaient saisir ses derniers bovins. Nichée dans un vallon du Périgord vert, son exploitation étendue sur 22 hectares a été décrétée foyer de tuberculose bovine au printemps 2024. Depuis, l’administration requiert l’abattage total de son cheptel, mais l’éleveur refuse de laisser partir des bêtes qui ne seraient pas infectées. Un cas symbolique d’un affrontement entre deux mondes qui peinent à trouver un terrain d’entente.
La problématique de « la tub » a souvent été cantonnée à la sphère agricole. Pour la première fois, en Dordogne, des citoyens se sont emparés du sujet en se mobilisant autour du cas Deschamps. Lorsque les services vétérinaires et les gendarmes ont débarqué chez lui, ce matin du 5 juin, une quinzaine de résistants étaient présents : voilà quinze jours qu’ils tenaient, nuit et jour, un campement provisoire qu’ils ont appelé la VAD — pour « vaches à défendre ».
« C’était une zad, mais pour les vaches », résume Véronique Cluzaud, maraîchère dans le coin et membre très active du collectif de soutien, composé de « défenseurs du monde vivant » de tous les âges.
« Les agriculteurs sont totalement dépossédés des décisions »
Ils et elles sont restés sur place pour épauler Serge Deschamps — la petite troupe est partie le jour de l’intervention des services vétérinaires. Munis de pancartes type « Ce n’est pas la tuberculose qui tue, c’est leur protocole », ils souhaitaient dénoncer ce qu’ils appellent « les drames des abattages totaux ». Même si les cas sont rares, la maladie est transmissible à l’humain et les services sanitaires cherchent à empêcher sa propagation en…
Auteur: Lisa Douard

