Paris, reportage
« Les collègues parlent de plus en plus ouvertement de leur souffrance. » Xavier Bregail est conducteur sur le Transilien au nord de Paris. Sa colère, il l’exprime pour tous ceux dont les appels à l’aide ne trouvent aucune réponse. Suicides, pressions, perte de motivation… Le 28 avril, plusieurs centaines de cheminots se sont réunis devant le siège de la SNCF à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), à l’appel du syndicat Solidaires, pour dénoncer la souffrance professionnelle généralisée dans l’entreprise ferroviaire. Un phénomène d’ampleur, que Reporterre a réussi à documenter grâce à plusieurs documents inédits.
Pour le syndicat Sud-Rail, une « vague de suicides » est à l’œuvre au sein du groupe, face émergée d’un iceberg de mal-être profond et diffus. Douze cheminots se sont donné la mort depuis le début de l’année 2026, dont « une moitié » sur les emprises ferroviaires selon le syndicat — aucun décompte officiel et détaillé des suicides n’existe à la SNCF. Le dernier a eu lieu lundi 27 avril au matin, dans l’Hérault : un cheminot s’est donné la mort en se jetant sur les rails.
Autre indicateur : selon Sud-Rail et la CGT des cheminots, les accidents du travail sont en hausse de 15,9 % en 2025, voire 21,7 % en intégrant dans ce décompte les filiales du groupe ferroviaire. Sur trois ans, la hausse est de 50 %, selon les syndicats.
« Nos métiers ne cessent d’être transformés, il faut être le moins cher possible pour gagner les marchés [lors des appels d’offres soumis à la concurrence] », ajoute Xavier Bregail, également secrétaire Sud-Rail du CSE de la gare du Nord.
Derrière les chiffres, « l’exploitation des cheminots »
Depuis la fin des années 2000, l’entreprise publique se transforme en profondeur pour faire face à l’ouverture à la concurrence du ferroviaire, avec des réorganisations en cascade et une intensification des…
Auteur: Erwan Manac’h, Valentina Camu

