Les événements semblent se précipiter en Haïti. Au lendemain d’une résolution d’urgence du Parlement européen constatant la détérioration de la situation des droits humains dans le pays, le Premier ministre haïtien, Ariel Henry, demandait officiellement, le 6 octobre, « le déploiement immédiat d’une force spécialisée armée » internationale dans le pays, pour lutter contre l’insécurité. Cet appel, suggéré quelques jours auparavant par le secrétaire général de l’Organisation des États américains (OEA), Luis Almagro, a tout de suite été appuyé par le secrétaire général de l’Onu, António Guterres.
Depuis que le 11 septembre dernier, le gouvernement haïtien a annoncé le doublement des prix du carburant (deuxième augmentation en dix mois), frappant de plein fouet une population majoritairement pauvre, Haïti est en état d’insurrection, et le pays vit au rythme des manifestations et des barricades.
Le 21 septembre, la coalition des bandes armées G9 – dont les liens avec certains des clans au pouvoir ont été maintes fois documentés et dénoncés – annonçait le blocage de l’accès au terminal pétrolier de Varreux (à Port-au-Prince). Celui-ci concentre 70 % des stocks du pays, paralysant davantage encore l’activité – dont celles des hôpitaux –, déjà mise à mal par l’insécurité, d’une économie où près des quatre cinquièmes de l’électricité produite dépend des produits pétroliers. À tout cela vient s’ajouter la réapparition de cas de choléra qui avait disparu ces dernières années.
Un délitement de toutes les institutions publiques
Il ne reste plus dès lors qu’à rappeler – comme un leitmotiv – qu’Haïti est le pays le plus pauvre de la région, à énumérer les chiffres – 4,9 millions de personnes en besoin d’une assistance humanitaire –, à égrener les images plus ou moins exotiques de chefs de gangs, et à se laisser porter par la paresse journalistique et les stéréotypes néocoloniaux pour se convaincre de l’obligation morale ou de la nécessité pratique d’une intervention militaire internationale pour offrir un répit à la population, voire sauver le pays.
Il y a une manière faussée de regarder Haïti et de compatir à ses malheurs. Un double déni loge au cœur du récit occidental de la situation haïtienne actuelle : l’appel à une intervention armée consacre l’échec de la diplomatie internationale et l’illégitimité du pouvoir en place. Le rôle de l’Onu, de l’OEA, de l’Union européenne et des institutions…
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Auteur: Frédéric Thomas

