Pour parler de son métier, Charles Braine n’a plus que l’imparfait à disposition. « Vous pêchez le maquereau ? », demande-t-on à l’artisan breton qui œuvre à la ligne — l’une des techniques les plus sélectives et respectueuses des fonds — sur un petit bateau de 6 mètres. « Je pêchais », nous répond-il avec un rire jaune. « Jusqu’au 31 décembre. »
Depuis le 1er janvier 2026, et au moins jusqu’à début mars, le pêcheur n’est plus autorisé à pêcher que 20 kilos de maquereaux par jour, pour un maximum de 100 kilos par mois — soit le volume qu’il avait le droit de pêcher, l’année dernière, en une journée.
« C’est la cata », souffle celui dont les finances hivernales reposent quasi-exclusivement sur cette espèce. De ces 100 kilos, il ne peut espérer tirer que 800 euros, alors que ses frais fixes s’élèvent à 2 500 euros. Cet hiver, son bateau restera donc au sec. Le capitaine s’est résigné à travailler sur le bateau de pêcheurs d’oursins en bouteille.
À Brest, le ligneur William Macke, qui travaille sur un navire de 7 mètres 30, le Penn ar Fish, a lui aussi renoncé à pêcher le maquereau, son quota ayant été divisé par quatre (de 200 à 50 kilos par jour). « Ça ne vaut plus le coup », explique-t-il, dépité. À regret, il s’est tourné vers la dorade grise, moins rentable. Le maquereau constitue d’ordinaire 45 % de son chiffre d’affaires annuel.
Une espèce systématiquement surpêchée
D’après les chiffres du ministère chargé de la Mer et de la Pêche, 1 300 navires — près d’un quart de la flotte française — sont affectés par la récente baisse des quotas de maquereaux, poissons parmi les plus consommés du pays. La sentence est tombée fin décembre, à Bruxelles. En accord — pour une fois — avec les recommandations scientifiques, les États européens ont décidé de réduire de manière significative les niveaux de capture…
Auteur: Hortense Chauvin

