« On a toujours grandi avec ce plan B dans la tête, au cas où on nous mettrait dehors. Moi, je n’ai pas attendu qu’on me mette dehors. Au bout de trois agressions, je me suis dit que ça suffisait. » Il y a deux ans, Nawel, Franco-Marocaine de 45 ans, a quitté la France pour fuir le racisme et l’islamophobie. Elle n’est pas un cas isolé.
« Nous n’avons pas de chiffres. Dire qu’il y a une explosion des départs est peut-être une exagération, mais il est clair que la tendance est à la croissance. Les raisons ont changé. Avant, elles étaient plutôt du côté d’une quête identitaire et d’opportunités de business ; depuis quelques années, le racisme et l’islamophobie sont plus souvent invoqués, l’immigration religieuse aussi », constate Mohammed Ezzouak, fondateur du journal en ligne Yabiladi, à destination de la diaspora marocaine.
Le racisme comme motif central du départ est le cas le plus fréquent, même si les raisons sont imbriquées.
J. Talpin
« Plafond de verre » : l’expression revient souvent chez les personnes concernées lorsqu’elles décrivent leur parcours en France. « J’ai senti des blocages. Pourtant, j’y croyais, au principe républicain de la méritocratie », se remémore Saïd, installé à Tanger. En 2012, cet adjoint à la mairie de Roanne prend conscience que son ascension politique est grippée à cause de ses origines. Deux ans plus tard, alors qu’il s’apprête à monter son entreprise, il quitte la France.
« Je me suis dit : ‘Pourquoi me compliquer la vie en France à ramer sur un chemin tortueux alors que je pourrais avoir une autoroute au Maroc ?’ » Un sentiment très bien décrit dans le livre La France, tu l’aimes mais tu la quittes. Enquête sur la diaspora française musulmane (Seuil), paru en avril dernier.
Julien Talpin, l’un des coauteurs, précise : « Le racisme comme motif central du…
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Auteur: Pauline Chambost

