Le paradoxe est cruel. Les nomades, au mode de vie sobre et intimement lié aux cycles naturels, ont un poids écologique minime mais pâtissent cruellement du bouleversement écologique dont sont responsables les pays les plus industrialisés. Le manque d’eau créé des conflits tandis que les éleveurs, qui subissent de plein fouet les conséquences du changement climatique et de l’urbanisation croissante, finissent par se sédentariser ou migrer. Des familles entières voient s’éteindre, parfois en une génération, un héritage façonné par des siècles de savoir-faire pastoral.
À Ediar, dans le nord du Mali, Moussa Ag Mohamed Lehbib, 29 ans, président de l’ONG Tamsidhalt, raconte tant les difficultés que vivent les Touareg que les efforts entrepris pour préserver leur culture tout en s’adaptant au changement climatique. Car pour ce peuple amazigh d’environ 3 millions de personnes, réparties entre le Niger, le Mali, l’Algérie, la Libye et le Burkina Faso, le nomadisme n’est pas seulement un moyen de subsistance, c’est une identité.
Reporterre — Comment décririez-vous la vie quotidienne des Touareg ?
Moussa Ag Mohamed Lehbib — Traditionnellement, nous étions des nomades, élevant des dromadaires, des chèvres et des moutons. Nous nous déplacions au gré des saisons et des points d’eau. Aujourd’hui, beaucoup d’entre nous sont devenus semi-nomades ou sédentaires. Les changements climatiques, les conflits et la pression foncière ont bouleversé cet équilibre. Notre culture reste vivante, mais elle est fragilisée : les campements se font plus rares, les tentes cèdent la place aux habitations en dur, et les anciens ont du mal à transmettre leurs savoirs aux plus jeunes.
Qu’est-ce que la nouvelle donne climatique change pour vous ?
Elle a tout changé. Les sécheresses sont plus fréquentes et plus longues, les pâturages disparaissent, les puits s’assèchent. Les saisons ne sont plus…
Auteur: Rania Hadjer

