Chercheuses et chercheurs, compagnes et compagnons, parfois de longue route, de Bruno Latour, nous pensons avec son œuvre et, pour de nombreuses raisons, voulons tous participer à un colloque en hommage à l’homme qu’il était, à son humanisme, son goût pour les discussions exigeantes, son ambition intellectuelle, sa curiosité pour tant de sujets différents (reflétée en partie par l’assemblée hétéroclite, pourtant loin d’être complète, réunie à cette occasion), et ce sur un mode qui l’honore pleinement.
Que Sciences Po Paris fasse honneur à Bruno Latour est on-ne-peut-plus normal : il y a fait la seconde partie de sa carrière.
Cependant, à mesure que le projet de rencontre se précisait, il est devenu clair que les discussions et conflits autour du sujet du génocide en cours à Gaza seraient soigneusement évitées. Bien sûr nul.le d’entre nous ne peut se présenter comme porte-parole de Bruno à ce sujet, mais nous sentons qu’il y a quelque chose d’indigne à éviter de prendre position sachant que Bruno n’aurait certainement pas eu cette prudence. Si quelqu’un a pris des risques et osé des disputes, c’est bien lui. C’est en fidélité à son obstination et en mémoire douloureuse pour tout ce qu’il a cherché et osé que nous refusons le type de lâcheté académique que nous propose l’université contemporaine. Bien plus encore qu’à l’époque de Bruno, il faut savoir oser protester.
Nous ne pouvons nous résoudre, sans rien dire ni rien faire, à intervenir publiquement au sein d’une institution qui disqualifie la parole de celles et ceux qui défendent la cause du peuple palestinien et de la population libanaise
Deux attitudes sont ainsi représentées par les signataires de cette lettre. Il y a celles et ceux qui pensent qu’un dialogue ouvert, certes douloureux et difficile, est encore possible au sein d’institutions comme Sciences Po Paris, et qui prendront part au colloque pour faire vivre cette…
Auteur: Le Média

