« Notre situation historique n’est pas pré-révolutionnaire, mais pré-autoritaire. » La formule récente de l’historien Patrick Boucheron, dans Libération, n’est pas des plus optimistes malgré l’espoir que suscitent les mobilisations actuelles, mais elle a le mérite de nommer ce qui se joue aujourd’hui. Et de nous obliger à regarder la réalité en face. C’est ce que nous faisons dans un numéro spécial de Politis où nous avons choisi de documenter les dérives en cours et de donner la parole à des intellectuel·les, des artistes et des personnalités de la société civile.
Ne pas banaliser ce qui menace la démocratie
Leurs voix (1) disent une même inquiétude, mais aussi une même détermination : ne pas banaliser ce qui menace la démocratie. Car le danger n’est plus seulement celui d’une dérive politique abstraite ou d’une poussée conservatrice parmi d’autres. C’est celui d’un basculement progressif vers un régime illibéral. Un pouvoir qui, au nom de l’ordre, de l’identité ou des valeurs traditionnelles, s’emploie à restreindre les libertés, à fragiliser les contre-pouvoirs, à réduire les espaces de contestation et à remettre en cause des conquêtes démocratiques.
Les textes, une quinzaine, seront régulièrement publiés sur notre site au cours des jours à venir.
Ce glissement ne se fait pas en un jour. Il avance par petites touches depuis de nombreuses années, par des mesures qui, mises bout à bout, dessinent un projet de société profondément inquiétant. Les libertés publiques, les droits des minorités, les menaces sur la presse, la liberté d’expression et le pluralisme sont directement concernés. Parce que l’autoritarisme ne s’installe pas toujours dans le fracas. Il progresse aussi dans l’habitude, le silence et la résignation. Et parce qu’il est encore temps de lui résister, il est urgent d’en parler.
Auteur: Pierre Jacquemain
