Combien sont-ils, chercheurs notamment, à s’être exprimés sur un danger et à avoir vu leur institution se retourner contre eux ? Le toxicologue André Cicolella, qui travaillait à l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS), a dénoncé publiquement en 1994 la dangerosité de quatre éthers de glycol. Il a été licencié pour faute grave. Il fallut attendre une décision en cour d’appel et en chambre sociale de la Cour de cassation pour que soit affirmée la liberté d’expression du chercheur et qu’il puisse réintégrer sa profession. Un autre scientifique, Pierre Meneton, spécialiste des maladies cardio-vasculaires, a dénoncé en 1999 les méfaits de la surconsommation de sel. Le comité des Salines de France l’a traîné en justice sans que son organisme de recherche, l’Inserm, ne le défende.
Marie-Christine Blandin Sénatrice écologiste honoraire, à l’origine de la première loi sur les lanceurs d’alerte.
Photo ©Jean-Luc Cornu
Si les lanceurs d’alerte ne sont pas épaulés par leurs proches, par des associations et par des avocats de qualité, ces poursuites en justice rendent très vulnérables. Beaucoup de chercheurs ont ainsi été discrédités avant d’être réhabilités.
Pour les protéger, j’ai porté en 2013 la première « loi relative à la protection des lanceurs d’alerte » qui portait sur l’environnement et la santé – deux champs thématiques que je maîtrise. « Toute personne physique ou morale a le droit de rendre publique ou de diffuser de bonne foi une information concernant un fait, une donnée ou une action, dès lors que la méconnaissance de ce fait, de cette donnée ou de cette action lui paraît faire peser un risque grave sur la santé publique ou sur l’environnement », précise le premier article de cette loi.
Des mesures prévues uniquement pour les salariées
Trois ans plus tard, la « loi Sapin 2 » a réduit les lanceurs d’alerte aux…
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