Papier, stylo, gomme contre écran, clavier et touche effacer, le combat semble joué d’avance. Chaque jour, le numérique piétine un peu plus l’écriture manuscrite, la laissant quasiment pour morte aux yeux d’une société hyperdigitalisée. Les chiffres ne trompent pas : en France, le volume de courriers envoyés poursuit son incessante baisse (– 9,2 % en 2022) et le prix des timbres sonne le coup de grâce, passant de 1,29 € à 1,39 € depuis le 1er janvier 2025. « C’est un peu la double peine pour le courrier manuscrit, alors qu’en parallèle, envoyer un e-mail est gratuit » explique Magali Prodhomme, maître de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’Université catholique de l’Ouest. Pour elle, le courrier manuscrit est devenu une vieille tradition sortie du grenier au même moment que les décorations de Noël. Un événement que ne raterait pour rien au monde le Secrétariat du Père Noël, mis en place par La Poste, qui existe depuis soixante-deux ans et répertorie plus d’un million de courriers chaque année. « Cette lettre au Père Noël est souvent rédigée en famille. C’est un moment un peu magique, une sorte de cérémonial » raconte Christophe Ripault, directeur des partenariats en charge de ce Secrétariat. Selon les services postaux français, 83 % des parents considèrent que ce service joue un rôle important dans la première correspondance des enfants.
Prendre le temps d’écrire
Au-delà de cette effervescence temporaire, quid des échanges épistolaires réguliers, alors qu’aujourd’hui la quasi-totalité des dispositifs de l’État sont numérisés (impôts, inscription sur les listes électorales, recensement, etc.) ? Où est passée l’envie d’écrire, transformant aujourd’hui une simple lettre en un cadeau… ou une étrangeté ? Pourtant, quoi de plus personnel qu’une lettre à un proche : choix du papier, du stylo, de la couleur, du style ?…
Auteur: Héloïse Robert

