« Ces habitants veulent fuir le Var à cause du réchauffement climatique » (Nice Matin), « Les Français vont-ils déménager vers des régions plus fraîches ? » (Actu.fr), « “On est fatigué, on ne dort pas” : ces Français qui déménagent pour fuir la chaleur » (Franceinfo)… Ce type de témoignage s’est multiplié durant l’été. Un sondage Nextories-Ipsos (mai 2026) a même estimé que la recherche d’un « environnement plus agréable » motivait désormais 30 % des déménagements en France.
Cette envie de fraîcheur est légitime après la succession de canicules de cet été. Mais ce récit médiatique trahit aussi un biais de classe. Tout comme nous ne sommes pas tous égaux face aux fortes chaleurs, nous n’avons pas tous la capacité de changer de lieu de vie ou de se payer une résidence secondaire dans le Finistère.
Surtout, ce réflexe de fuite a toutes les chances d’être une impasse. Non seulement le fantasme d’un « refuge » est très souvent démenti par les faits, mais il risque de nous détourner des débats qu’il est urgent de mener. Car la quête du refuge individuel invisibilise et dépolitise l’enjeu central : celui de l’adaptation de la société tout entière.
« Refuge climatique » : un fantasme médiatique construit de toutes pièces ?
« Refuge climatique », « territoire refuge », « eldorado » et même « havre climatique ». Des mots et expressions nouvelles et parfois chargées de symboliques ont occupé les débats et les recherches Google au cours de l’été. Commençons donc par définir de quoi on parle.
Il y a d’abord ceux qui sont contraints de fuir des zones sinistrées – les « réfugiés climatiques ». Soit 250 millions de personnes dans le monde au cours de la dernière décennie, selon le Haut Commissariat pour les réfugiés. Et puis, il y a ceux qui, dès lors qu’ils peuvent se le permettre, anticipent et…
Auteur: Sophie Kloetzli et Thibaut Schepman
