Les expressions toutes faites permettant de parler de l’électorat sont légion : électorat « flottant », de « substitution », « captif »… Politiciens, éditorialistes et bien sûr politologues connaissent ces termes et rivalisent d’ingéniosité pour décrire les stratégies mises en place par les partis politiques pour s’attirer le vote des Français.
La dénomination des « fâchés pas fachos », quant à elle, semble être apparue dans le contexte français des législatives de 2012. Elle a été utilisée par Jean-Luc Mélenchon, alors candidat à la députation dans le Pas-de-Calais puis fondateur du parti La France Insoumise, pour désigner les électeurs mécontents et parfois tentés par le vote d’extrême droite, avec notamment en tête les déçus de la gauche « hollandiste » et les abstentionnistes, qui ne se reconnaissent pas pour autant dans les idées du Front national.
Réutilisée en 2017, cette expression le sera à nouveau à l’occasion du mouvement des « gilets jaunes », alors que la composition de ce dernier était encore incertaine.
Qu’est-ce qu’un « facho » ?
Si le terme « fâchés » ne demande guère à être explicité, celui de « facho » doit l’être tant il est utilisé et connoté dans le débat public. Idéologie et système politique indissociables de Benito Mussolini, le fascisme émerge à la fin des années 1910. Le fascisme définit des pouvoirs politiques qui imposent notamment nationalisme, totalitarisme et autoritarisme. L’utilisation de ce terme n’est cependant pas toujours étroitement corrélée à sa définition scientifique, comme le souligne l’historien Olivier Forlin :
« Le qualificatif « fasciste » appliqué à une idée, à un discours, à une action politique, a souvent servi à faire de leurs auteurs des adversaires et à les diaboliser. Inversement, sa fonction a aussi été de rassembler un camp, jusque-là dispersé, en vue…
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Auteur: Julien Ailloud, Chercheur postdoctoral, Université Grenoble Alpes (UGA)

