Il ne faut pas se laisser leurrer par les synopsis qu’on peut lire (par exemple dans l’Officiel des Spectacles) : Fantôme utile n’est pas une comédie déjantée, « délicieusement absurde », ou une histoire d’amour entre un homme et un aspirateur. C’est en réalité un film politique et engagé sur l’histoire récente de la Thaïlande.
Une remarque d’abord sur les noms thaïlandais, difficiles à mémoriser : pour Apichatpong Weerasethakul, je me sers d’une formule mnémotechnique qui s’est toujours montrée efficace : le ping-pong c’est cool. Pour Ratchapoom Boonbunchachoke, il pourrait suffire de se rappeler : boum-boum a choqué.
Ratchapoom Boonbunchachoke a voulu éviter de faire un film politique méritoire mais rébarbatif, ce qui est l’écueil des films engagés. Fantôme utile emprunte donc la forme d’un film fantastique, on ne peut plus original, avec un aspirateur au comportement bizarre, dont on ne tarde pas à soupçonner qu’il est possédé ; en effet, le fantôme d’un ouvrier mort d’une maladie pulmonaire due à la pollution par des particules de poussière s’y est introduit. Mais là-dessus se greffe l’histoire d’un deuxième aspirateur, dans lequel s’est « incarnée » Nat, la belle-fille de la propriétaire de l’usine polluante, qui veut revenir vivre avec son mari March. Ratchapoom Boonbunchachoke reprend là une légende célèbre, celle de Mae Nak, « le fantôme amoureux ». Mae Nak, épouse d’un homme de la haute société, meurt en couches avec son bébé, pendant que son mari, blessé à la guerre, est au loin. A son retour, il retrouve sa femme et vit avec elle et son fils, en toute normalité. Chaque fois qu’un voisin ou un parent essaie de le mettre au courant, Nak le tue, jusqu’à ce qu’un incident révèle à Mak la vérité : il vit avec un fantôme. Il s’enfuit alors. Nak, de plus en plus violente, finit par être capturée par un exorciste, enfermée dans une…
Auteur: Rosa LLORENS

