Samedi 1er juin, la jeunesse antifasciste défile, émaillant son cortège de drapeaux palestiniens et kanaks. Le lendemain, une péniche remonte la Seine, pavoisée de ces mêmes drapeaux, en soutien à Gaza sous les bombes et en protestation contre les morts que n’a pas voulu éviter l’État colonial en Kanaky. La réponse n’a pas tardé : score historique de l’extrême droite en France aux élections européennes et dissolution de l’Assemblée nationale. Les principes démocratiques les plus élémentaires sombrent face au fascisme instagrammable.
Ce qui se joue derrière cette scène égotique n’a pas fini de nous hanter.
Les belles gueules entrées en politique prennent d’assaut les plateaux de télé et les réseaux sociaux. Leur simple apparition prend l’ascendant sur les esprits et anesthésie toute capacité critique. Photos et selfies dictent une grammaire indigente de la mise en scène de soi. La persistance rétinienne fait le reste et l’instille dans nos têtes. Si d’aucuns croient que le fascisme peut résoudre l’impasse existentielle subie par la jeunesse française, il ne fait aucun doute que cela se fera au prix d’une reddition face à l’abject et au racisme, la haine en bandoulière.
Tout cela est obscène, au propre comme au figuré. Ce qui se joue derrière cette scène égotique n’a pas fini de nous hanter. Les périls après le 7 juillet sont certains. Car les non-dits de cette prise en otage des institutions révèlent une lâche diversion sur le mode du billard à trois bandes.
Ironiquement, le Festival de Cannes a pour partenaire TikTok, mais l’État l’interdit en Kanaky et y instaure l’état d’urgence, prétextant le risque de désordre et d’ingérence étrangère. Il se lave les mains du chaos qui vient alors qu’il l’a fomenté. Ruinant des décennies d’efforts et dissipant le peu d’impartialité qui faisait encore illusion, une loi sur le…
La suite est à lire sur: www.politis.fr
Auteur: Nacira Guénif

