Discipline fascinante qui joue avec les nerfs de son public, la magie tourne parfois à la désillusion. À coups de procès contre quelques multipropriétaires Airbnb, on a bien failli faire avaler aux Marseillais la fin de la crise du logement. Mais elle ne disparaît pas : elle mute. Baux mobilité, reconversions de bureaux, colivings — les dispositifs se multiplient, sans débat à la hauteur des enjeux. Sous couvert d’innovation, une ville plus sélective se fabrique : rentable pour les nouveaux (par)venus, toujours plus difficile à habiter pour ses habitants permanents.
À Marseille, le vide est partout pour qui sait lire entre les lignes — ou plutôt, il est fabriqué. Logements murés, bureaux désertés, immeubles évacués puis laissés en jachère pendant des années. Rue de la République, dans les quartiers en lisière du centre ou sur le tracé d’Euroméditerranée, ces espaces figés ne sont jamais neutres : ils attendent leur capture. Silences organisés, inertie savamment entretenue… avant mise sur le marché.
Si la nature abhorre le vide, le capital, lui, sait parfaitement l’exploiter. Longtemps focalisée sur Airbnb, la bataille pour le droit au logement laisse encore largement hors champ un autre modèle en pleine expansion : le « coliving ». Ça ne vous parle pas tout à fait ? Ça viendra. Trois syllabes l’air de rien, simples à prononcer, pour une insertion rapide dans le vocabulaire et dans l’usage courant. En matière de gentrification, bien souvent, ce sont les mots qui arrivent en premier.
Peu visible, rarement nommée comme telle mais tout aussi structurante, la grande trouvaille des prédateurs de l’immobilier progresse à bas bruit dans une ville déjà exsangue. Présenté comme une forme d’habitat partagé « innovante », à la croisée de la colocation et des services hôteliers, le coliving attire des investissements massifs — et voit l’avenir en rose : 455 millions d’euros y ont…
Auteur: dev

